Résumé de l’article

Le niveau sonore est un critère qui doit être considéré avec prudence pour évaluer les ventilateurs de plafond. En effet, il est fortement dépendant du contexte réel d’usage et souvent du même ordre de grandeur que le bruit ambiant d’un local calme.
Les seuils aujourd’hui mobilisés pour juger ces équipements sont en outre largement inadaptés, car hérités de référentiels ou d’usages qui ne correspondent ni au service rendu par un BAP ni au lien physique entre déplacement d’air et émission sonore.

Certains travaux récents sur les brasseurs d’air plafonniers (BAP) font apparaître des exigences qui surprennent toute la profession.

Ils suggèrent en effet des niveaux de puissance acoustique[i] Lw particulièrement bas, notamment dans l’habitat :

  • Chambres : entre 22 et 27 dB(A)
  • Salons : entre 27 et 32 dB(A)

Ces niveaux, dont nous précisons ci-après la nature, commencent à apparaître dans des prescriptions de bureaux d’études, ce qui étonne grandement les adhérents de l’Association Française des Professionnels de Ventilateurs de Plafond (AFPVP).

En effet, partant d’une bonne intention, ces seuils très bas risquent de mettre en danger à la fois toute la filière et le déploiement des brasseurs d’air sur l’ensemble du territoire national.

Le présent article vise à donner de la matière à penser aux concepteurs, tout en les appuyant dans la mise en forme de prescriptions pertinentes et réalistes.

Il ne s’agit pas d’abandonner toute exigence acoustique, mais d’éviter de faire d’un indicateur isolé le juge principal d’une technologie dont la fonction première consiste justement à mettre l’air en mouvement.

Pression et puissance acoustique : quelle différence ?

Ces deux grandeurs se mesurent en dB(A), l’unité utilisée pour exprimer un niveau sonore en tenant compte de la sensibilité de l’oreille humaine. Les dB(A) atténuent le poids des très basses et des très hautes fréquences, auxquelles l’oreille est moins sensible, pour donner une valeur plus proche de la perception humaine du bruit.

Il convient de distinguer différents indicateurs. La puissance acoustique Lw caractérise l’émission propre de l’appareil. La pression acoustique Lp, ou son équivalent temporel LAeq, décrit le niveau réellement entendu en un point donné. Le LnAT, enfin, est un niveau réglementaire normalisé de pression acoustique dépendant du local et du protocole de mesure.

Pression et puissance acoustique : quelle différence ?

Figure 1 : différence entre pression et puissance acoustique

Ces trois indicateurs sont tous utiles, mais ils ne répondent pas à la même question. Le problème commence lorsque l’on mélange un seuil de Lw, une appréciation de confort en LAeq et une contrainte réglementaire exprimée en LnAT, comme s’il s’agissait de la même grandeur.
Indicateur Ce qu’il décrit Utilité
Lw La puissance acoustique de l’appareil Comparer objectivement des machines entre elles
Lp / LAeq Le niveau de pression acoustique mesuré en un point, dans une pièce, sur une durée Décrire le bruit réellement perçu en situation
LnAT Le niveau réglementaire de pression acoustique normalisé dans le local Vérifier une conformité dans un cadre précis

Figure 2 : différents indicateurs acoustiques

Quels sont les seuils de pression acoustique réglementaires ?

Aujourd’hui, la réglementation dans les logements neufs s’appuie sur l’arrêté du 30 juin 1999 et la Circulaire n° 2000-5 du 28 janvier 2000. Elle fait référence au LnAT, le niveau de pression acoustique réglementaire. Cet indicateur est standardisé, prenant en compte à la fois le niveau de pression acoustique Lp et le temps de réverbération.

La réglementation demande à atteindre un objectif de pression acoustique (la résultante acoustique du bruit d’un appareil dans un local donné) et n’intervient pas sur la puissance acoustique spécifique à l’appareil. Ainsi, les caractéristiques acoustiques propres au local (isolement acoustique des parois…) vont jouer un rôle important dans la mesure finale.

Les articles 5 et 6 de l’arrêté du 30 juin fixent un maximum de 30 dB(A) de LnAT dans les pièces principales (séjour, chambre) pour les systèmes de ventilation ou autres équipements, les brasseurs d’air appartenant à cette catégorie. Une tolérance de 3 dB(A) est actée par la réglementation pour tenir compte des incertitudes liées aux mesures de terrain.

Il est intéressant de mentionner que pour les équipements techniques tels que les brasseurs d’air, le cycle de fonctionnement pour un usage normal doit être choisi pour le mesurage. Dans la pratique, cela signifie que la mesure doit être faite à l’allure d’usage (par exemple 3 ou 4 quand il existe 6 allures), pas à l’allure maximale.

Qu’est-ce qui fait du bruit dans un BAP ?

Un ventilateur de plafond émet trois types de bruit : aérodynamique, mécanique et vibratoire.

La première source de bruit est liée au brassage de l’air par les pales : bruit de souffle, turbulences et perturbations de l’écoulement de l’air, qui augmentent avec la vitesse de rotation.

La deuxième correspond aux bruits mécaniques de l’ensemble moteur-rotor, notamment les roulements, les jeux mécaniques ou, selon la technologie retenue, les organes d’entraînement.

La troisième relève des vibrations transmises à la tige de suspension, au support ou au plafond, puis rayonnées sous forme de bruit par la structure. Une partie de ces vibrations peut avoir pour origine les variations du champ magnétique dans le moteur, qui peuvent créer des efforts périodiques entre rotor et stator. Ces efforts font ensuite vibrer la carcasse du moteur, et se manifestent alors par un bourdonnement ou un sifflement tonal.

Il existe des cas liés à des défauts techniques ou à l’usure qui font que certains appareils vont émettre des bruits mécaniques marqués.

Mais en pratique, à vitesse élevée, le bruit aérodynamique est le plus souvent dominant, tandis qu’à faible vitesse, les composantes mécaniques et vibratoires peuvent devenir perceptibles.

Jusque-là, tout semble normal : un BAP a vocation à générer de la vitesse d’air, qui par nature va entraîner la production d’un bruit aéraulique. Plus la vitesse d’air est élevée, plus le brasseur fait du bruit.

Niveau sonore des brasseurs d’air : un bruit plus agréable que d’autres ?

Le bruit d’un brasseur d’air est souvent perçu comme plus acceptable, voire apaisant, qu’un autre bruit de même niveau. Cela tient moins à son niveau en dB(A) qu’à sa signature acoustique.

Le bruit d’un brasseur d’air bien conçu est en général un bruit large bande, continu et stable.

Autrement dit, il ressemble à un souffle régulier, sans événement brutal, sans variation rapide marquée et sans information particulière à traiter par le cerveau.

Or, en psychoacoustique, l’agrément ou l’acceptabilité d’un bruit ne dépend pas seulement du niveau sonore, mais aussi de paramètres comme la tonalité, les modulations et certaines signatures spectrales.

C’est aussi pour cela que le niveau sonore d’un brasseur d’air peut rester supportable, alors que son niveau absolu en dB(A) est significatif. Un souffle continu agit souvent comme un bruit de fond homogène : il masque partiellement les sons intermittents du voisinage, les petits chocs acoustiques ou les variations soudaines qui attirent davantage l’attention.

Le principe est voisin de celui du masquage sonore, qui repose précisément sur l’ajout d’un bruit à large bande réduisant la perception des sons perturbateurs. Des travaux de synthèse sur le bruit continu de type « bruit blanc » montrent également qu’ils peuvent contribuer à masquer des bruits dérangeants, notamment dans l’environnement intérieur[ii].

À l’inverse, les bruits généralement jugés désagréables présentent souvent une ou plusieurs caractéristiques défavorables. Ils peuvent être tonals, c’est-à-dire marqués par une fréquence bien identifiable, comme un sifflement ou un ronflement à spectre étroit. Ils peuvent aussi être intermittents, impulsifs ou modulés, donc variables dans le temps, ce qui attire beaucoup plus l’attention. Enfin, les bruits à dominante basse fréquence sont souvent jugés plus gênants qu’un bruit large bande équilibré au même niveau en dB(A). Plusieurs études montrent ainsi qu’à niveau sonore comparable, un bruit tonal ou à dominante basse fréquence est perçu comme plus gênant qu’un bruit réparti sur une large plage de fréquences, plus neutre[iii].

Une très intéressante étude de Bhandari et al. (2025)[iv] examine, dans un contexte d’enseignement supérieur, l’effet combiné du thermique et de l’acoustique dans des salles ventilées par ventilateurs de plafond. Elle confirme que ces ventilateurs améliorent le confort thermique et établit que l’environnement reste globalement accepté jusqu’à environ 59,9 dBA pour une température opérative autour de 28,8 °C.

Niveau sonore des brasseurs d’air : un bruit plus agréable que d’autres ?

Pourquoi la puissance acoustique Lw est-elle souvent utilisée ?

Actuellement, la norme qui fait référence en France pour les BAP est celle-ci : NF EN IEC 60704-2-7 de mars 2020.

Les fabricants sont donc généralement à l’aise pour produire les valeurs de Lw issues du calcul selon la norme et mesurées dans des laboratoires indépendants et accrédités selon la norme NF EN ISO/CEI 17025 par le COFRAC ou équivalent.

En France d’outre-mer, des centaines de milliers de ventilateurs de plafond ont bénéficié du programme Agir Plus, à l’initiative d’EDF.

Dans ce programme, les choses sont assez claires. Chaque brasseur d’air visant à bénéficier du soutien d’EDF doit être testé dans un laboratoire validé par EDF [v].

L’appareil est testé de manière à assurer une vitesse d’air minimale de 0,5 m/s pour une surface de confort donnée (voir ici pour plus de précisions[vi]). Ses résultats doivent donner une valeur de puissance acoustique Lw inférieure ou égale à :

  • 45 dB(A) à l’allure assurant la surface de confort,
  • 35 dB(A) à la plus faible allure.

Cette approche réaliste et pragmatique, menée à grande échelle sur le territoire de la République, dispose d’excellents retours d’expérience.

Ces éléments convergent avec le rapport Brise. Ce rapport, ainsi que les commentaires de l’AFPVP sont disponibles pour les concepteurs[vii].

Pourquoi la puissance acoustique Lw est-elle souvent utilisée ?

Mesures en situation : quelle appréciation ?

Nous avons installé sur un iphone 11 l’application NIOSH[viii]. Cet outil gratuit et performant a été développé par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), qui dépend des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis.

Il fournit la lecture instantanée du niveau sonore en dBA.

Elle a été testée et validée avec une précision de ± 2 dBA selon les normes, en chambre réverbérante au laboratoire acoustique du NIOSH. Avec un microphone externe calibré, elle satisfait aux exigences de Type 2 de la norme NF EN 61672-3 pour les sonomètres.

L’application est disponible sur iPhone uniquement, en raison de la variabilité de la qualité et de la précision des microphones internes des appareils Android. Les iPhone partagent une architecture matérielle et logicielle commune, qui permet de garantir des résultats cohérents sur tous les modèles.

Nous avons procédé à plusieurs mesures de notre côté, qui soulèvent plusieurs questions.

Précisons que nous n’avons pas mis en place le microphone externe.

En journée, voici ce que nous avons mesuré sur un intervalle de temps certes réduit (30 s), dans deux situations différentes.

Mesures en situation : quelle appréciation ?
Figure 3 : différence en pression et puissance acoustique
LAeq est la moyenne de pression acoustique dans le temps

Sur le visuel de gauche, nous sommes dans un local avec une fenêtre ouverte sur l’extérieur, dans un environnement très calme, en début de soirée. Il n’y a aucun appareil en fonctionnement. On arrive à 36 dB(A).

Le visuel de droite correspond à un bureau fermé, avec un brasseur d’air de type 1STSHINE DCF-W986 en fonctionnement, appareil validé pour les primes Agir Plus dans les DOM. Il fonctionne en allure 3 sur 5.

Tout en sachant qu’il faut garder beaucoup d’humilité par rapport à ces mesures, on obtient quasiment les mêmes valeurs, qui dépassent 35 dB(A) dans les deux cas.

Nous n’avons pas pu trouver d’étude acoustique française de référence, sur des logements « ordinaires » hors zone spécifique, qui publie directement un LAeq,int moyen et son écart-type pour des chambres de logements courants

En revanche, une étude conduite par Bruitparif[ix] donne un ordre de grandeur mesuré en intérieur. Dans les chambres suivies pendant le sommeil, le tableau donne LAeq,int moyen = 33 dB(A) avec SD = 7 dB. De fait, ce sous-échantillon a été constitué près de Paris-CDG et Toulouse-Blagnac et ne représente donc pas la situation moyenne de l’ensemble des logements en France.

Ainsi, hors laboratoire, le niveau acoustique naturel est visiblement supérieur à 35 dB(A) et l’exigence de moins de 30 dB semble difficile à atteindre.

Bruit des BAP et bruits des clims : une incohérence à corriger ?

Comme nous l’avons rappelé plus haut, le principe des brasseurs d’air consiste à mettre de l’air en mouvement en vue de contribuer au confort thermique.

Le taux de brassage des ventilateurs de plafond est considérablement plus élevé que celui des climatiseurs. Pour une pièce courante de 30 m3 (12 m² sur 2,50 de hauteur sous plafond), un climatiseur courant va amener un taux de brassage (débit d’air / volume de la pièce) compris entre 5 et 20 vol/h.

Sur le même volume, un brasseur d’air d’un débit unitaire de 10 000 m3/h va apporter un taux de brassage de 333 vol/h !

On est donc sur une mise en mouvement d’air qui est au bas mot pour un ventilateur de plafond 15 fois supérieure à celui d’une unité intérieure de climatisation. Dans ces conditions, il est normal de faire plus de bruit.

L’image du vélo aide à comprendre le phénomène. À 10 km/h, on converse facilement. À 25 km/h, le souffle d’air autour de l’oreille devient déjà très présent. Cela montre simplement que le bruit aérodynamique croît vite dès que l’on impose à l’air des vitesses plus élevées.

Dans un contexte où les brasseurs d’air étaient un produit très peu répandu à l’époque, ils n’avaient pas été explicitement cités dans la réglementation acoustique, et plus spécifiquement dans l’arrêté du 30 juin 1999. Or, le niveau sonore LnAT dans lequel nous pouvons ranger les brasseurs d’air faute de précisions est le même que celui des VMC, soit 30 dB(A). Alors que les climatiseurs, dont on vient de voir que leur taux de brassage bien plus faible que celui des BAP, bénéficient d’un niveau réglementaire de 35 dB(A) !

Il apparaît donc très clairement que la réglementation acoustique actuelle doit intégrer les BAP et tenir compte à la fois de leur nature d’appareils mettant une grande quantité d’air en mouvement, tout en amenant un type de bruit bien accepté au plan psychoacoustique.

Quant aux travaux acoustiques non réglementaires, la prudence incite à ne pas les prendre en compte pour les prescriptions, à l’exception peut-être des seuils acoustiques présentés dans le rapport Brise.

[i] Par nature, les niveaux de pression acoustique correspondants vont être encore plus bas, inférieurs à 20 dB(A) dans les chambres et inférieurs à 25 dB(A) dans les salons ; voir la définition des puissances et des niveaux acoustiques dans le chapitre correspondant.

[ii] Voir notamment cette étude sur Science Direct – Masquage sonore adaptatif au niveau dans les bureaux décloisonnés : comment influence-t-il la distraction sonore, l’adaptation et la santé mentale ? – https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0003682X23006436

[iii] Voir cette étude réalisée sur la ventilation dans l’automobile : Une enquête basée sur la qualité sonore du bruit du système CVC d’un modèle d’automobile https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003682X0800145X

[iv] L’influence combinée de l’environnement thermique et acoustique sur le confort général et la productivité dans les salles de classe universitaires naturellement ventilées en Inde – https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0360132324010540

[v] Il s’agit du Laboratoire Piment, basé au sein de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de La Réunion, dépendants de l’Université de La Réunion.

[vi] La surface de confort correspond à la surface pour laquelle le BAP garantit une vitesse d’air sur l’occupant de plus 0,5m/s). Sa valeur minimale est de de 2,27 x (D/132)² m², D étant le diamètre du brasseur d’air.

[vii] Informations sur Brise sur le site de l’AFPVP : https://www.afpvp.fr/guide-brise-un-outil-precieux-pour-familiariser-les-concepteurs-de-batiments-avec-les-brasseurs-dair/

[viii] Elle peut être téléchargée ici : https://apps.apple.com/us/app/niosh-sound-level-meter/id1096545820

[ix] L’étude est disponible à cette adresse : https://www.bruitparif.fr/pages/En-tete/400%20Nos%20publications/500%20Publications%20scientifiques/2019%20-%20impact%20aircraft%20noise%20on%20objective%20sleep.pdf